Thèse Équité Versus Incitations Perceptions du Système Redistributif et Acceptabilité des Réformes H/F - Doctorat.Gouv.Fr
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- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Université de Bordeaux École doctorale : Entreprise Économie Société Laboratoire de recherche : BSE - Bordeaux sciences économiques Direction de la thèse : Olivier BARGAIN Début de la thèse : 2026-09-01 Date limite de candidature : 2026-06-02T23:59:59 Ce projet de thèse analyse la manière dont les perceptions individuelles du système socio-fiscal influencent à la fois les comportements économiques et le soutien politique aux politiques redistributives. Alors que l'économie publique standard met l'accent sur les effets d'incitation et les arbitrages entre efficacité et équité, de nombreuses réformes économiquement justifiées suscitent des oppositions fortes et hétérogènes. Ce projet soutient que ces réactions ne peuvent être comprises sans prendre en compte les perceptions individuelles d'équité, de contributivité et du lien entre prélèvements obligatoires et prestations publiques.
L'hypothèse centrale est que les individus ne réagissent pas aux politiques fiscales uniquement sur la base d'incitations matérielles, mais également à travers des jugements de justice et de légitimité perçue. En particulier, les croyances concernant le rôle du mérite et de la chance dans la formation des revenus, les perceptions de qui contribue et qui bénéficie du système, ainsi que la transparence et la prévisibilité perçues du système de prélèvements et de transferts jouent un rôle déterminant dans la formation des réponses comportementales (telles que l'offre de travail, la conformité ou l'évitement fiscal) et des réactions politiques (soutien aux réformes, protestation, comportement électoral).
Le projet s'inscrit à l'intersection de l'économie publique, de l'économie comportementale et de l'économie politique. Il s'appuie sur des travaux récents documentant la manière dont les individus raisonnent sur les politiques fiscales, tout en allant au-delà d'une approche descriptive par l'identification de mécanismes comportementaux causaux. L'analyse se concentre sur trois dimensions. Premièrement, elle étudie l'effet des perceptions du mérite par rapport à la chance dans la formation des revenus sur le soutien à la redistribution et aux politiques contributives versus solidaires. Deuxièmement, elle examine comment l'ambiguïté, la complexité et l'incertitude concernant l'incidence des politiques influencent l'acceptabilité des réformes, à résultats économiques attendus constants. Troisièmement, elle relie des variations expérimentales des perceptions individuelles à des comportements économiques observables, afin de combler l'écart entre croyances, préférences et comportements.
Sur le plan méthodologique, le projet combine des enquêtes et des expériences par enquête reposant sur des traitements d'information et de cadrage contrôlés, pouvant être complétées par des données administratives ou des mesures quasi-comportementales. En intégrant explicitement les dimensions comportementales et morales à l'analyse des réformes fiscales et sociales, la thèse vise à proposer un cadre plus réaliste pour comprendre les résistances à la redistribution.
L'objectif ultime est de produire des enseignements utiles à la conception de politiques redistributives qui soient non seulement efficaces sur le plan économique, mais également perçues comme justes et légitimes, afin d'en renforcer la soutenabilité sociale et politique. Le projet s'inscrit dans le renouvellement récent de l'économie publique et de l'économie politique, qui dépasse l'analyse des seuls effets d'incitation pour intégrer les perceptions, croyances et normes de justice des individus. Alors que les modèles standards de taxation et de redistribution reposent sur des arbitrages efficacité-équité, une littérature croissante en économie comportementale et en économie politique montre que l'acceptabilité et l'efficacité des réformes socio-fiscales dépendent fortement des jugements d'équité, des perceptions de mérite versus chance, et de la compréhension du lien entre prélèvements et prestations. Ce contexte scientifique met en évidence un décalage persistant entre recommandations économiques et réactions sociales et politiques, ouvrant la voie à une analyse intégrée des mécanismes comportementaux et perceptifs à l'origine de l'hétérogénéité des réponses aux politiques redistributives. Comprendre comment les perceptions individuelles d'équité, de contributivité et du lien entre prélèvements et prestations influencent les comportements économiques et le soutien politique aux politiques redistributives ; identifier les mécanismes comportementaux (mérite versus chance, complexité, ambiguïté) expliquant l'hétérogénéité des réactions aux réformes socio-fiscales ; et tirer des enseignements pour la conception de politiques redistributives à la fois efficaces, perçues comme justes et socialement acceptables Le projet adopte une approche empirique combinant données quantitatives (données administratives ou d'enquête) et dispositifs expérimentaux (de type lab ou lab-in-the-field). Des traitements d'information et de cadrage permettront d'identifier de manière causale l'effet des perceptions d'équité, de mérite versus chance, de contributivité et de complexité du système socio-fiscal sur les préférences redistributives, les comportements économiques et les réactions politiques. Ces dispositifs expérimentaux pourront être complétés par des données administratives ou des indicateurs quasi-comportementaux (offre de travail déclarée, conformité, participation politique), ainsi que par des analyses économétriques visant à étudier l'hétérogénéité des réponses aux réformes socio-fiscales.
Le profil recherché
Le projet s'adresse à un·e candidat·e titulaire d'un master en économie, de préférence en économie publique, économie comportementale ou économie appliquée. Le·la candidat·e devra disposer de solides bases en microéconomie, en économétrie et économie comportementale / expérimentale, idéalement avec double cursus initial économie et psychologie. Le·la candidat·e devra aussi montrer fort intérêt pour les questions de fiscalité, de redistribution et d'économie politique ; une appétence pour les méthodes empiriques, en particulier les enquêtes, les expériences (en laboratoire, lab-in-the-field ou par enquête) et l'analyse de données, est attendue. De bonnes capacités d'analyse, de rédaction académique en français et en anglais, ainsi qu'une aptitude à travailler de manière autonome tout en s'inscrivant dans un environnement de recherche collectif, sont requises.