Thèse Revitalisation des Villes Moyennes en France et Recomposition des Centralités Evaluation du Programme « Action Coeur de Ville » H/F - Doctorat.Gouv.Fr
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Les missions du poste
Établissement : Université de Bordeaux École doctorale : Entreprise Économie Société Laboratoire de recherche : BSE - Bordeaux sciences économiques Direction de la thèse : Aurélie LALANNE Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-06-03T23:59:59 Les petites et moyennes villes (PMV) jouent un rôle important dans la cohésion économique, sociale et territoriale des systèmes urbains. Elles concentrent environ 27 % de la population européenne (Servillo et al., 2017) et constituent un maillon essentiel du maillage territorial des activités économiques et des services publics. Toutefois, dans un contexte de métropolisation et de concentration des fonctions tertiaires supérieures dans les grandes villes, leurs centres-villes connaissent des recompositions marquées. Les activités commerciales et résidentielles tendent à se déplacer vers les périphéries, fragilisant les fonctions de centralité et la capacité des centres à structurer durablement les services et les flux de proximité.
Depuis les années 2010, ces dynamiques ont placé les PMV au coeur des politiques publiques d'aménagement. En France, plusieurs programmes nationaux visent à revitaliser les centres-villes, notamment Action Coeur de Ville (2018) et Petites Villes de Demain (2020). Ces dispositifs cherchent à renforcer les fonctions de centralité, entendues comme la concentration d'usages résidentiels, commerciaux et de services dans les centres urbains.
La littérature en économie régionale et urbaine reste toutefois largement dominée par un prisme métropolitain (Shearmur et al., 2020), qui limite la compréhension des dynamiques propres aux PMV. Les politiques territoriales privilégient souvent des approches centrées sur l'attractivité des facteurs de croissance, en particulier le capital humain (« people-based »), susceptibles d'accentuer la polarisation territoriale (Iammarino et al., 2017 ; Shearmur et al., 2020). Dans les PMV, l'enjeu est souvent moins l'attractivité de nouveaux facteurs que le maintien ou la restauration des fonctions de centralité au sein des bassins de vie, à travers l'amélioration des aménités urbaines, de l'offre de services et de la vitalité commerciale et résidentielle. Toutefois, les trajectoires de déprise des villes moyennes demeurent très hétérogènes selon les territoires et leurs capacités d'action locale (Chouraqui, 2023), ce qui alimente les critiques sur la standardisation des politiques de revitalisation (Bouba-Olga et Grossetti, 2018 ; Fol, 2020 ; Quéva, 2023).
D'un point de vue théorique, l'attractivité des centres-villes peut être analysée à partir des modèles de structure urbaine reliant centralité, accessibilité et gradients centre-périphérie (Alonso, 1964 ; Muth, 1969 ; Mills, 1972). Elle peut également être interprétée dans le cadre des modèles d'équilibre spatial où les aménités locales se capitalisent dans les prix immobiliers et les loyers (Rosen, 1974 ; Roback, 1982). Enfin, plusieurs travaux soulignent le rôle des aménités urbaines et des services de consommation dans l'attractivité des villes (Glaeser, Kolko & Saiz, 2001 ; Couture & Handbury, 2020).
Dans ce contexte, cette thèse vise à évaluer le programme Action Coeur de Ville. Elle poursuit trois objectifs principaux. Le premier consiste à analyser les profils des communes bénéficiaires du programme et à les comparer aux communes non retenues afin d'identifier d'éventuels biais de sélection. Des données fiscales et socio-économiques issues de l'INSEE seront mobilisées pour construire une typologie des territoires et établir des groupes de contrôle.
Le deuxième objectif est méthodologique : construire des indicateurs d'aménagement urbain à partir d'images satellites. Les images diurnes (Landsat, Sentinel) permettront de produire des indicateurs de transformations urbaines (végétalisation, surfaces minérales, plans d'eau), tandis que les données nocturnes VIIRS fourniront un proxy de l'intensité lumineuse, mobilisé comme indicateur d'activité économique.
Enfin, la thèse cherchera à identifier l'effet causal du programme sur les transformations urbaines et la vitalité des centres-villes, sur la vacance commerciale et résidentielle, la densité d'établissements, la dynamique immobilière et les proxys d'activité économique.
D'une façon générale, la littérature scientifique en économie régionale et urbaine peine à construire des connaissances solides et adaptées au sujet des PMV. Le prisme métropolitain y est important (Shearmur et al., 2020) et biaise la perception des PMV autant qu'il oriente les conclusions en matière de politiques publiques. Ces dernières tendent ainsi à privilégier la compétitivité et l'attractivité des facteurs de croissance comme la capital humain (people-based), ce qui peut accentuer la polarisation de la croissance et limiter les effets d'équité (Shearmur et al., 2020 ; Iammarino et al., 2017). Appliquée aux PMV, cette perspective est insuffisante : l'enjeu est souvent moins l'attractivité de facteurs que le maintien ou la restauration de fonctions de centralité (commerce, logement, services) au sein d'un bassin de vie, via des aménités urbaines susceptibles d'influencer les usages et les choix résidentiels. Les programmes de revitalisation des centres-villes peuvent être compris comme des politiques visant à restaurer les conditions de la centralité (accessibilité, qualité du cadre bâti, offre de services, vitalité commerciale et résidentielle). Cependant, comme le rappelle Chouraqui (2023) la déprise urbaine des villes moyennes en France connait des trajectoires hétérogènes selon les régions et la capacité d'action politique locale. Cette lecture rejoint les mises en garde contre des recettes de croissance standardisées et transférables d'un territoire à l'autre (Bouba-Olga et Grossetti, 2018) et éclaire les débats critiques au sujet des programmes de revitalisation, concernant leur cadrage, leur financement et leurs modalités de mise en oeuvre (Fol, 2020 ; Quéva, 2023 ; Sénat, 2022).
Du point de vue du cadrage théorique, l'attractivité des centres-villes peut être appréhendée à partir des modèles de structure urbaine qui relient centralité, accessibilité et gradients centre-périphérie (Alonso, 1964 ; Muth, 1969 ; Mills, 1972). Elle peut aussi être analysée via l'équilibre spatial et la capitalisation des aménités : la qualité du cadre de vie et l'offre locale de services se reflètent dans les prix et les loyers (Rosen, 1974 ; Roback, 1982). Une entrée complémentaire souligne enfin le rôle majeur des aménités urbaines et de la proximité des services et des aménités de consommation dans l'attractivité des villes et de leurs centres, au-delà des seuls déterminants productifs (Glaeser, Kolko & Saiz, 2001 ; Couture et Handbury, 2020).
Ce travail de thèse a pour objectif d'étudier et d'évaluer le programme « Action coeur de villes » en France à travers plusieurs objectifs.
Tout d'abord, il s'agira dans un premier temps de s'interroger sur les profils de communes qui émargent à ce programme de revitalisation et ceux qui n'y émargent pas et d'en déterminer une typologie.
Ensuite, il s'agira de construire des indicateurs d'aménagements urbains au sein des centres de villes moyennes lauréates du programme Action Coeur de Ville qui reflètent leurs fragilités mais sans viser, à ce stade, une estimation causale de l'impact du programme.
Enfin, une fois les indicateurs construits, la thèse visera à identifier un effet causal du programme Action Coeur de Ville (i) sur des indicateurs d'aménagement du centre-ville et (ii) sur des indicateurs de vitalité de ce dernier (vacance commerciale et résidentielle, densité d'établissements, dynamique immobilière). Ces résultats permettront ensuite d'apprécier l'évolution du rôle de centralité. analyse de données, usage de données satellite, modèle d'inférence causale type diff-in-diff
Le profil recherché
cette thèse croise donc des littératures scientifiques de disciplines différentes (économie territoriale et urbaine, économie de la santé, géographie et aménagement) et implique la maitrise d'outils divers : les systèmes d'informations géographiques (Qgis par exemple), la manipulation de données satellites diurnes et nocturnes, l'économétrie (panel, cross-section...), l'économétrie spatiale, l'analyse de données (ACP, CAH...). Il sera nécessaire de maitriser les outils récents d'inférence causale et d'évaluation des politiques publiques (Huntington-Klein, 2021 ; De Chaisemartin et D'Haultfoeuille, 2020 et 2023).